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Le rôle du mythe
Pour étudier un mythe, il faut prendre en compte les éléments qui en sont constitutifs mais aussi sa valeur symbolique.
« Tout mythe est un drame humain condensé. Et c’est pourquoi tout mythe peut si facilement servir de symbole pour une situation dramatique actuelle »(Gaston Bachelard). Le mythe peut exercer différentes fonctions selon toutes sortes de contextes littéraires. Ici, je voudrais seulement mettre en récit trois rôles principales que joue le mythe dans le roman Onitsha.
1) Fonction fondatrice
a. L’origine de la ville Onitsha
Le mythe de Meroë se constitue à partir de l’Histoire de l’Egypte pharaonique. Mais sa véritable authenticité tient à la valeur représentative et symbolique qui le rattache au plus près du mythe d’origine ou plutôt du mythe de fonction. Le mythe de fonction raconte la fonction d’une communauté, d’une ville, d’une nation ou même de tout l’univers. Le mythe de Meroë se situe, par rapport au récit mythique d’Aro Chuku, dans un passé prodigieusement lointain, qui nous renvoie à une société remontant aux origines de l’Histoire. Pourtant les deux mythes, qui sont assez éloignés l’un de l’autre, sont aussi suffisamment proches pour développer certaines virtualités, pour manifester l’originalité du mythe de Meroë. Le mythe d’Aro Chuku raconte le commencement de la tribu Itsi, qui constitue le peuple du Meroë, la colère du dieu Chuku et l’apparition de la mort. Le mythe de Meroë explique, comme tout mythe fondateur, l’organisation de la société méroenne à Onitsha.
Alors Chuku, le soleil, envoya du ciel Eri et Namaku. Mais Ndri ne fut pas envoyé du ciel. [...]. Eri et Namaku étaient nourris par Chuku, ils mangeaient ce qu’on appelle Azu Igwe, le dos du ciel. Ceux qui en mangeaient ne dormaient jamais. Puis Eri mourut, et Chuku avait faim, il gémissait. Chuku dit : Obéis-moi sans penser, et tu recevras ta nourriture. [...]. deux tombes. Trois semaines de quatre jours passèrent, et de jeunes pousses apparurent sur les tombes. Sur la tombe de son fils aîné, Ndri déterra une igname. Il la fit cuire et la mangea, et c’était excellent. Puis il tomba dans un sommeil profond, si profond que le monde le croyait mort. Le lendemain, sur la tombe de sa fille, Ndri déterra une racine koko, il la mangea et s’endormit de nouveau. Pour cela, on appelle l’igname, fils de Ndiri, et la racine de koko, fille de Ndri. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, l’Eze Ndri doit marquer le visage de son fils et de sa fille aînés du signe itsi, en mémoire des premiers enfants qui apportèrent dans leur mort la nourriture aux hommes. (90)
Aro Chuku, que le mythe dépeint comme le dieu soleil, le dieu suprême, le dieu de destruction et de délivrance. Pour Sabine Rodes, Aro Chuku est « le dernier dieu du culte d’Osiris ». Pour les Ibos, Aro Chuku, c’est l’oracle qui combattu contre les Anglais en 1902.
Chuku « envoya du ciel Eri et Namaka » sur terre. Nous assistons en quelque sorte à la création de l’homme.
Ndri sacrifiera ses propres enfants pour la surrvie. Nous considérons la sacrifice est obligatoire pour non seulement la survie de Ndri mais aussi en un sens la survie du peuple. Bien qu’aucune faut n’aie pas été commise. Mais la comère de Chuku a entraîné une sécheresse. C’est un choix imposé à Ndri. Seul la vie de ces enfants peut apaiser la colère de Chuku, pour qu’il continue à envoyer de la nourriture. Avec cet épisode, nous voyons à quel point le sort du peuple dépend du sacrifice.
La vie des enfants comme sacrifice au Chuku, dieu du soleil retrace l’origine du « premier Ndri » qui a sauvé la tribu d’un grand fléau : la famine. Des cendres de ces enfants est sorti le premier koko et « c’est en mémoire des premiers enfants, qui apportèrent dans leur mort la nourriture aux hommes », qu’Okawho et Oya portent le signe itsi, d’où viennent questions : pourquoi le signe itsi ? Pourquoi tous les descendants de Ndri, donc Oya et Okawho, « portent-ils sur le visage le signe de leur ancêtre Ndri, le signe du soleil » ? La réponse vient évidemment du récit mythique d’Aro Chuku. Il s’agit d’un mythe fondateur puisqu’il relate aussi l’origine de la tribu des Itsi et son rapport avec les dieux. C’est aussi le signe itsi qui est à l’origine des liens qui unissent Geoffroy à Onitsha.
b. Rôle symbolique
Dans la pensée religieuse, les modalités du procès du commencement du monde sont décrites et expliquées par la mythologie qui sert de base aux croyances du groupe. L’occident connaît par exemple le récit du jardin d’Eden, ceinturé de quatre fleuves qui l’arrosent. Cette narration évoque le mythe fondateur du monde comme l’eau est considérée comme la ressource du monde. Ici, nous traitons exclusivement le motif du fleuve pour en faire leur nouveau Centre.
Comme on peut lire dans le texte d’Onitsha, il parle longuement de la préhistoire de la ville d’Onitsha et de ses habitants. Dans le roman est cité le livre des morts égyptien dans le contexte de l'exode du peuple de Meroë qui arrive par la voie du fleuve Niger, afin de rétablir le nouveau règne Meroëen sur ses rives, au point ou se trouve l'Onitsha moderne.300 De cette manière, le récit fournit à la ville une préhistoire mythique remontant jusqu'a l'ancienne Egypte par le relais du peuple de Meroë. A un moment, la narration focalisée sur Geoffroy Allen parle du Livre des Morts de l'Egypte ancienne dont ≪ [l]a parole […] resonne avec force [...] encore vivante, ici, à Onitsha, sur le bord du fleuve ≫ (O 121). Le livre est censé avoir une actualité qui perce les couches temporelles jusqu'a l'Onitsha moderne.
Cette histoire a un parallèle dans la mythologie de la légende de Ginuwa transmise par ≪ Moises qui parle toutes les langues de la baie du Biafra ≫ (O 120) dans Onitsha :
Dans ce coffre, [l'Oba] enferma soixante-douze enfants des familles des chefs de tribus, et il fit monter son propre fils dans le coffre, muni de nourriture et d'un bâton magique. Puis il fit mettre le coffre à l'eau, à l'embouchure du fleuve, afin qu'il parte vers la mer. Le coffre flotta dans l'eau pendant des jours, jusqu'a une ville appelée Ugharegi, près de la ville de Sapele. La, le coffre s'ouvrit, et Ginuwa descendit sur la rive, accompagné des soixante-douze enfants. ≫ (O 122)
La narration focalisée sur Geoffroy met tout de suite les mythes égyptien et subsaharien en parallèle pour évoquer le mythe d'Osiris :
Il n'y a qu'une seule légende, qu'un seul fleuve. Set l'ennemi enferme Osiris dans un coffre a son image, aide par soixante-douze complices, et scelle le coffre avec du plomb fondu. Puis il fait jeter le coffre dans le Nil, pour qu'il soit emporte jusqu'a l'embouchure, jusqu'a la mer. Alors Osiris se lève au-dessus de la mort, il devient Dieu. (O 122)
Ces scènes mythologiques préfigurent l'exode du peuple de Meroë en même temps qu'ils serviront de preuve du contact historique et mythologique entre l'ancienne Egypte et l'Onitsha moderne.
Le parallélisme entre les deux légendes est frappant a première vue. Elles mettent en récit des événements lies a la préhistoire du peuple se déroulant dans l'espace fluvial : c'est bien par le fleuve que Ginuwa et Osiris arrivent a leur destination respective Dans le débat historique sur l'Afrique noire, l'ancrage de la préhistoire subsaharienne a celle de l’Egypte a servi d'argument pour prouver l'historicité des peuples, de fait l'origine ancienne, mythologique n'est pas importante seulement au niveau symbolique mais également au niveau politique et identitaire. Pour cette discussion, nous renvoyons a Diop, cite par Borgomano, 1993, 49-51.
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Nous reviendrons a l'exode du peuple de Meroë et au fondement de leur nouveau règne plus tard en traitant de l'espace du fleuve en tant que siège d'un nouveau commencement. La préhistoire mythologique contribue a l'amalgame des couches temporelles dans le récit et a une meilleure compréhension des conflits entre les habitants d'Onitsha et les colons Une bonne partie du conflit entre les colons européens et les Africains pourra s'inscrire dans la tension entre la vision du monde désacralisée des premiers et la vision cosmique des habitants de la ville. En tant que colon, Geoffroy Allen essaie de réaliser les conséquences de la cosmologie maté-rialiste tout en poursuivant sa quête des traces du peuple de Meroë faisant partie d'un cosmos imprégné d'une attitude religieuse. Son échec a relier les deux visions du monde va résulter dans le licenciement de son poste et ultérieurement en son retour en Europe. La quintessence de cette tension est contenue dans ce passage : ≪ Il essayait d'imaginer cette ville, au centre du fleuve, cette ville mystérieuse ou le temps s'était arrêté. Mais ce qu'il voyait, c'était Onitsha, immobile au bord du fleuve, avec ses rues poussiéreuses et ses maisons aux toits de tôle rouillée, ses embarcadères,
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Le mythe de Meroë raconte donc le sort de ceux qui ont survécu à l’invasion et ont préservé leur civilisation de la ruine et de l’oubli. Tout comme les livres des morts que Fintan a essayé de déchiffrer, le mythe de Meroë nous entraîne vers un lointain passé.
c. Mythe politique
Le mythe de Meroë peut aussi être interprété comme « un mythe politique ». Pour André Dabezie, le mythe politique symbolise :
[…] les convictions, la vision du monde d’une collectivité et les expriment en une image qui impose un comportement. Cependant, au lieu de renvoyer à une histoire typique arrivée jadis, hors du temps, il en appelle à un modèle futur. C’est toujours projeté l’idéal dans un modèle étranger au présent et qui, pourtant donne son sens à l’action immédiate. André Dabezies, Visage de Faust au ⅹⅹe siècle, Paris, PUF, 1967, P. 11.
Nous avons évoqué, au début de notre travail, la guerre du Biafra qui a poussé le Clézio à écrire Onitsha. La volonté de l’auteur est de sauver de l’oubli des civilisations primitives. L’exil de la reine Meroë et de son peuple, leur longue marche dans le désert ne renvoient pas seulement à ce temps de l’histoire, mais encore à cette guerre tragique du Biafra et d’Aro Chuku.
Toute forme de domination, toute forme de violence traditionnelle doit être considérer comme une marche à l’égard des droits de l’homme. Dans une étude consacrée aux oeuvres de Le Clezio, Alain Buisine précise
Prenez même son dernier texte, le rêve mexicain ou la pensée ininterrompue. Incontestablement l’écrivain est désespéré et horrifié par un si rapide et si brutal anéantissement d’une civilisation aussi brillante et raffinée. Rien de plus condamnable que ce silence qui efface en quelques années toute la pensée indigène du Mexique. Alain Buisine, « Effacements », Sud, 1989, p. 102
Le mythe permet à l’auteur de dénoncer ce temps colonial. Dans ses oeuvres précédentes, Le Clézio a témoigné souvent son admiration pour les civilisations anciennes ; ici, il a éprouvé les mêmes sentiments envers les Biafrais. Il s’oppose à la colonisation, cause principale des désastres qui frappent le continent africain. Dans Onitsha, la société coloniale, dont le seul but est d’exploiter les Africains, sera sévèrement critiquée par les Geoffroy.
Le mythe a permis à Geoffroy, pour une certaine période, d’échapper au présent, un présent suffocant. Son exil de l’Europe, sa quête, son rêve de trouver le « lac de vie » expriment sa dénonciation du monde colonial. Sa décision d’aller « là-bas », dans un pays inconnu, souligne aussi le désir de Geoffroy de poursuivre sa quête, qui est, d’une certaine façon, celle de retrouver le Paradis, la terre de l’harmonie.
摘抄
& Ces quatre démonstrations tendent aussi à expliquer, de manière générale, comment naissent les mythes politiques. Ceux-ci apparaissent dans les périodes critiques, dans les moments de crise d’identité, de malaise lié aux mutations de la société et du mode de vie. La naissance du mythe peut donc être interprétée ainsi comme le signe d’un dérèglement不规则,失调,失常 de la société : en effet, en temps normal, les cérémonies et autres fêtes collectives suffisent à satisfaire l’imaginaire. C’est lorsque les tensions internes内心的 croissent que le mythe devient nécessaire, l’imaginaire réagissant contre des changements et un désenchantement 醒悟,幻想破灭(au sens wéberien) qu’il ressent comme une agression.
& Les facteurs explicatifs qui justifient le passage de la réalité au mythe sont nombreux. Ce qui crée le mythe, c’est d’abord le besoin d’un « révélateur idéologique » : le héros se trouve chargé d’un certain nombre de valeurs qui lui donnent un poids nouveau, excédant son poids réel. Pour qu’il y ait mutation de la réalité au mythe, il faut aussi que le sauveur soit conforme aux « modèles d’autorité » du pays dans lequel il intervient : ainsi Pétain avait-il l’autorité morale d’un instituteur, et les grades d’un militaire. L’apparition du sauveur est donc conditionnée par les attentes historiques et sociales d’une société donnée. Mais surtout, la création du mythe correspond à une crise de légitimité (lorsque la légitimité des institutions en place n’est plus évidente), qui se mue en crise d’identité (intériorisation du collectif par l’individu). Sur le plan collectif, l’identité sociale se recompose par l’adhésion à quelque chose – ou quelqu’un dans le cas du sauveur – de neuf, tandis que, sur le plan individuel, la reconquête de soi ne s’effectue que dans la soumission à autrui, à un nouveau père. Là encore, la création du mythe intervient pour répondre à une crise et à une angoisse de la société et de l’individu.
& L’âge d’or[modifier]
Le mythe de l’âge d’or se définit par tout un ensemble d’images un peu nostalgiques. Ce sont « les temps d’avant », les bons vieux temps vécus ou historiques (la Grèce antique par exemple), qui s’opposent à une déchéance caractéristique du temps présent. Cet attachement aux temps anciens se caractérise par le souci de conserver des traces de ces époques (collections, retour cyclique des modes).
Le premier élément structurant du mythe de l’âge d’or est l’attention portée à la « pureté des origines ». Pour ce qui est des courants de pensée, on cherche à retrouver l’esprit des pères fondateurs (« premier » socialisme, etc.). Pour ce qui est de la société elle-même c’est l’état de nature qui est recherché, état de nature à l’image d’un Éden avant la faute, lorsque ni maladies ni travaux ne venaient entacher la vie de l’homme. Il y a donc une sorte de culte de l’innocence, du primitif, du naturel, auquel s’ajoute le rejet de la culture, considérée comme une dégénérescence身心衰退,道德颓败,堕落, idée entretenue, entre autres, par Rousseau. Le second point de convergence est le culte porté aux grandes époques du passé, telles l’Antiquité ou la période médiévale, considérées comme des modèles à la fois sociaux et politiques. Enfin, le dernier élément structurant semble être l’attachement lié, cette fois, non à une époque, mais à un modèle social qui est le modèle rural : à la ville corruptrice, sale, délétère有害的,有毒的, empoisonnée par l’argent, s’opposent les valeurs de la terre (i
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