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Table des matières
1/ Avant-propos 1
2/ L’espace le clézien 5
2. 1 Lieux originels 6
2.1.1 Désert 6
2.1.2 Mer 16
2.1.3 Fleuve 19
2.2 Lieux édéniques 25
2.2.1 Mananava 25
2.2.2 Le Boucan 29
2.2.3 L’île Saint Brandon 31
2.2.4 L’Anse aux Anglais 33
2.2.5 Les lacs de vie 38
3/ Rencontre entre l’espace et les personnages – effet de miroir 41
3.1 Animation des éléments 42
3.2 Incarnation de l’espace 46
4/ Effet de contraste 53
4.1 La ville 55
4.2 Disparition du paradis 60
4.3 Deux civilisations 68
5/ Conclusion 72
Bibliographie 75
Bibliographie de l’auteur 78
1/ Avant-propos
Je veux écrire pour une aventure libre, sans histoire, sans issue, une aventure de terre, d’eau et d’air, où il n’y aurait à jamais que les animaux, les plantes et les enfants. Je veux écrire pour une vie nouvelle.
J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, Gallimard, Paris, 1990, pp. 313.
Le présent mémoire de maîtrise se donne pour but d’étudier l’univers naturel chez J.M.G. Le Clézio, écrivain contemporain français élu en 1994 le plus grand écrivain de la langue française.
Dans notre étude nous allons prêter attention à trois de ses œuvres: Désert (1980), Le Chercheur d’or (1985) et Onitsha (1991).
La raison pour laquelle nous avons choisi ces trois romans est liée au fait qu’ils partagent un certain nombre de points communs. Premièrement, les trois romans sont publiés approximativement à la même époque. Deuxièmement, les récits d’Onitsha et de Désert se déroulent en Afrique, l’un au Nigéria, l’autre au Maroc. Quant au Chercheur d’or, il nous emmène aux îles Maurice et Rodrigues. Troisièmement, Onitsha et Le Chercheur d’or sont inspirés des événements biographiques. Mais ce qui lie ces trois livres, c’est surtout la quête symbolique de l’harmonie et de l’équilibre avec la nature et l’univers, ainsi que la dimension mythique des récits qui cherche à donner à cette quête une valeur universelle. Il nous faut avouer que c’est surtout cette dernière dimension qui a attiré notre attention et que nous avons particulièrement appréciée.
Avant de commencer notre recherche, il est nécessaire de mentionner quelques événements de la biographie de l’auteur pour comprendre sa façon d’écrire et la raison pour laquelle il porte attention à tel ou tel sujet à telle ou telle époque de sa vie.
J.M.G. Le Clézio est issu de la famille d’origine mauricienne. Un de ses ancêtres a décidé, au XVIIIe siècle, de quitter la Bretagne et de s’installer à l’île Maurice. C’est pourquoi l’histoire du Chercheur d’or se déroule à cet endroit. Elle est en effet liée à l’histoire de son grand-père qui a rêvé d’y trouver un trésor et c’est sur les pas de celui-ci que Le Clézio part en 1981 aux îles Maurice et Rodrigues, voyage qui deviendra la base de ce roman d’aventure. Le Clézio lui-même en dit que c’est: «le seul récit autobiographique qu’[il ait] jamais eu envie d’écrire ». « Le Clézio par lui-même », Magazine littéraire, no 362, février 1998, pp. 31.
Il est né à Nice le 13 avril 1940 et jusqu’à l’âge de sept ans il y vit avec sa mère et son petit frère tandis que son père travaille au Nigéria comme médecin de brousse. En 1948 il entreprend son premier voyage pour rejoindre cet homme inconnu et pendant cette traversée en bateau il écrit ses premiers romans intitulés Un long voyage et Oradi noir. Cette expérience lui servira également d’inspiration pour son roman Onitsha. Ce voyage et ce séjour en Afrique, même s’ils ne durent qu’un an et demi, jouent un grand rôle dans la perception personnelle de sa vie: « Je suis resté un an en Afrique. Un an de grandes vacances. C’était prodigieux. J’ai toujours l’impression que je n’aurais fait qu’un seul voyage dans ma vie : celui-là ». Gérard de Contanze, « Une littérature de l’envahissement », Magazine littéraire, no 362, février 1998, pp. 25.
Quant à Désert pour lequel il reçoit en 1981 le grand prix Paul-Morand et qui lui vaudra de grands succès auprès d’un large public, il y était attiré plutôt par ce que les autres en avaient dit que par la propre expérience. Désert, tout comme Onitsha ou Le Chercheur d’or, propose une ouverture à la nature et au passé originel, qui sont en opposition avec la civilisation moderne.
En 1967, il effectue son service militaire à Bankok en tant que coopérant. Il est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine qui commançait de se développer à cette époque-là en Thaïlande. L’autorité militaire a eu la bonne idée de l’envoyer finir son sevice au Mexique. Il devient passionné par cette région et par les indiens. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, il partage la vie des indiens Emberas et Waunanas au Panama, expérience qui va changer toute sa vie et sa vision du monde : « J’ai eu de la chance de partager la vie d’un peuple amérindien [...] expérience qui a changé toute ma vie, mes idées sur le monde et sur l’art, ma façon d’être avec les autres, de marcher, d’aimer, de dormir et jusqu’à mes rêves ». Jean Meyer, « L’initiation mexicaine », Magazine littéraire, no 362, février 1998, pp. 37.
L’écrivain qui jusqu’ici fuyait la ville et la société de consommation, dont l’écriture était celle de la colère et de la révolte contre le monde, devient alors le chanteur de la beauté terrestre et l’iniateur aux mystères de la nature . Il est depuis lors à la recherche d'une cohérence, d'un équilibre philosophique, et nos trois livres sont parmi les premiers fruits de cette quête.
Après son séjour chez les indiens l’écriture de Le Clézio change. Il se donne un nouveau but : écrire pour « la beauté du regard », « pour la pureté du langage ». Il veut écrire « pour être du côté des animaux et des enfants, du côté de ceux qui voient le monde tel qu’il est, qui connaissent toute sa beauté ». J.M.G. Le Clézio, L’Inconnu sur la terre, Gallimard, Paris, 1990, pp. 312.
Son écriture tend à devenir poétique. Il utilise des métaphores, des répétitions, des procédés stylistiques plus proche du poète que du romancier pour peindre le monde où la nature devient vivante et chargée de sens. Elle nous permet d’accéder à un autre monde caché de l’autre côté des choses. Y accéder est en effet facile. Il suffit de sentir, de voir et d’entendre.
Le Clézio reprend ainsi la vision du monde des peuples traditionnels tels que les indiens pour nous faire voir une autre face de la quotidienneté, pour nous rapprocher de la nature, de la terre, notre véritable mère, car c’est elle qui nous permet de vivre et de survivre dans notre monde technique.
Notre mémoire de maîtrise portera donc sur l’analyse du monde le clézien dans ces trois œuvres choisies. Nous délimitons ce monde par l’espace naturel où se déroulent les intrigues, c’est-à-dire le désert, la mer et le fleuve et par certains autres éléments naturels qui sont en proche relation avec ce monde. Nous tenterons de dévoiler la fonction de ces espaces et de ces éléments choisis dans la structure narrative ainsi que des différents rôles et valeurs qu’ils acquièrent dans le récit. D’abord nous porterons notre attention à l’espace, aux étendues dans lesquelles se déroulent les récits des trois livres. Ensuite nous tâcherons d’esquisser des liens entre l’espace, les éléments naturels et les personnages. Et pour finir nous traiterons la nature en tant que moyen d’exprimer l’opposition entre le monde traditionnel et le monde moderne. Nous n’oublierons pas non plus de traiter la dimension poétique des œuvres liée à la nature. Pour ne pas être encombré par des centaines de données sur la nature, nous ne choisirons que certains thèmes significatifs récurrents qui nous serviront de base pour notre analyse.
2/ L’espace le clézien
Parler de l’espace ou lieu le clézien, c’est surtout parler de la mer, du désert, du roc ou du littoral. Le Clézio est attiré par ces vastes étendues. Elles sont ses thèmes obsessionels car l’espace illimité est susceptible de concevoir la notion de la liberté et de l’éternité et il peut facilement exprimer un élan de l’auteur vers l’élémentaire et l’originel. Un tel espace est ouvert aux éléments, ce qui suscite chez les personnages le désir du contact avec la nature. Et la fusion avec la nature, la recherche d’une harmonie, voilà un leitmotiv de la narration le clézienne. Cette ouverture s’oppose en effet dans la topographie le clézienne à la fermeture de l’espace représentée le plus souvent par la ville qui devient ainsi le lieu du malaise existentiel du personnage. L’espace ouvert, nous pourrions dire originel, évoqué souvent à l’aide d’images archaïques et de références mythiques, devient donc l’endroit approprié pour les récits portant sur la quête spirituelle de l’originel.
Chez Le Clézio, nous pouvons rencontrer plusieurs types de lieux. Ils sont toujours décrits d’une manière poétique mais ils ne sont jamais idylliques, pittoresques. Ils sont souvent liés au thème du retour aux origines. Il y a des lieux originels qui possèdent une dimension mythique et essaient de reconstituer le monde des débuts du temps où tout était pur, non usé par la durée du temps et non marqué par l’action humaine. C’est le désert de Désert, la mer du Chercheur d’or et le fleuve d’Onitsha. Il y a des lieux édéniques qui se rapportent à l’image de l’Éden comme Le Boucan et Mananava, l’Anse aux Anglais ou l’île Saint Brandon. Il y a des lieux sacrés qui sont intacts et privilégiés par le contact avec la divinité, qui nous inspirent le respect et le silence. Ce sont les endroits où nous avons peur de déranger, d’abîmer ou de briser un sortilège. Nous pouvons les rencontrer dans Désert.
2. 1 Lieux originels
Ce sont des endroits où toutes les limites, toutes les frontières habituelles s’estompent et où le narrateur nous fait accéder à une autre réalité spatiale et temporelle. Il nous fait entrer au cœur même d’un mythe de l’origine des temps.
2.1.1 Désert
C’est non seulement le titre du roman mais aussi le nom du personnage principal, ce que suggère le titre du roman où ne figure pas l’article. Il représente le but de la quête des hommes bleus, qui figurent dans le livre les derniers hommes libres.
À part sa dimension mythique, c’est un lieu géographiquement bien délimité. Nous pouvons trouver dans le roman beaucoup de noms propres qui nous permettent de situer l’histoire de Nour et de Lalla sur la carte. Certains noms propres, tel que Saguiet el Hamra, nous informent que leur histoire se déroule au Maroc et le désert est le Sahara. Mais pour comprendre le sens essentiel du désert dans le roman nous pouvons oublier ces informations-là. L’accent est mis surtout sur sa dimension spatiale et temporelle. Le désert est représenté comme une vaste étendue, s’il est délimité, paraît sans fin. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous pouvons parler d’un lieu mythique. Son immensité est suggérée par différents procédés. Tout d’abord le désert est un pays uniforme, et paraît par conséquent sans limites : « La vallée semblait n’avoir pas de limites, étendue infinie de pierres et de sable rouge inchangée depuis commencement des temps » (D 224). Le regard ne trouve pas de point de repère. Il erre dans cette étendue de sable : « Ici, tout est semblable, et c’est comme si elle était à la fois ici, puis plus loin, là où son regard se pose au hasard, puis ailleurs encore, tout près de la limite entre la terre et le ciel » (D 97). L’infini peut être évoqué aussi par un jeu de miroir où l’immensité de la terre se reflète sur celle du ciel : « Là, dans le pays du grand désert, le ciel est immense, l’horizon n’a pas de fin, car il n’y a rien qui arrête la vue (D 180), « la terre semblait aussi grande que le ciel, aussi vide, aussi éblouissante » (D 224). L’autre procédé est lié à l’aspect temporel. La marche des hommes bleus dure des jours, des semaines. Les jours ressemblent l’un à l’autre au point que la perception du temps est estompée : « Nour ne savait plus depuis combien de temps avait commencé le voyage » (D 225). Cette phrase renvoie aussi d’ailleurs à la dimension mythique du désert. Dans des pays mythiques le temps s’écoule plus lentement que dans notre monde. Sa perception est différente. L’aspect infini du temps est suggéré aussi par les formes verbales, surtout par l’imparfait qui prend, dans certaines situations, surtout dans celles qui sont liées à la marche des hommes bleus, la signification presque douloureuse, d’intemporalité, de répétition sans fin. La grandeur infinie du désert peut être signalée d’autre part par le nombre de gens et par la grande quantité de noms propres des tribus venant du désert. Il suffit d’ouvrir le livre à la page 424. Elle est toute remplie de leurs noms.
La signification essentielle du désert consiste en sa dimension mythique. Nous comprenons par « mythique » celui qui se réfère aux origines de l’univers. Cette dimension est suggérée par certains composants du mythe comme le temps ou l’évocation du centre.
Le désert forme le lieu de l’immensité et de l’immuabilité car il défie le temps historique. Ici c’est le royaume de l’éternité et du renouvellement éternel. Même la composition du livre repose sur la répétition et sur la conception cyclique du temps comme le montrent la première et la dernière phrase qui se répondent en écho et qui donnent à ce récit et au désert le caractère onirique: « Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune [...] » (D 7) - « Ils s’allaient, comme dans un rêve, ils disparaissaient » (D 439).
L’abolition du temps historique est une des références au mythe, au temps mythique ou sacré. Le temps sacré est en opposition avec le temps profane, historique. Tandis que celui-ci s’écoule et constitue une durée par laquelle il peut user les choses, les êtres humains, la société, l’autre est indéfiniment récupérable, indéfiniment répétable. Il coïncide avec l’illud tempus – le temps des origines - où le Monde était venu pour la première fois à l’existence. Il faut donc abolir le temps profane pour pouvoir réintégrer ce moment mythique. Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, Paris, 1995, pp. 63, 73.
D’où des références à l’aspect temporel du désert et aux origines du monde : « C’était un pays hors du temps, loin de l’histoire des hommes, peut-être, un pays où plus rien ne pouvait apparaître ou mourir, comme s’il était déjà séparé des autres pays, au sommet de l’existence terrestre » (D 11) ou « La vallée semblait n’avoir pas de limites, étendue infinie de pierres et de sable rouge inchangée depuis commencement des temps » (D 224).
L’évocation du centre est un autre composant du mythe. Le centre est l’endroit où est possible la communication entre la terre et le ciel. Nous pouvons remarquer combien de fois Le Clézio fait allusion au ciel en parlant du désert ! Cela peut être en parlant des hommes regardant le ciel : « Les hommes regardaient souvent les étoiles, l
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